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Dakar des Music Peoples

Adji Diarra Niang, artiste chanteuse: «Pourquoi les filles ne veulent plus de laabaan»

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Au grand dam des griots qui y tiraient profit, le laabaan est en train de disparaître. Cette cérémonie qui fête le mérite d’une jeune fille qui a su garder sa virginité jusqu’au mariage ne fait plus courir les mariés. Résultat : les griots perdent une bonne occasion de se faire de l’argent. Rencontrée à Kaolack où elle tient un restaurant, Adji Diarra Niang explique pourquoi les filles ne veulent plus de laabaan, préférant passer leur nuit nuptiale dans les auberges et autres hôtels.

(Correspondance) – Il est loin, très loin le temps où les tam-tam résonnaient tôt le matin pour saluer le mérite d’une nouvelle mariée qui a su garder sa virginité jusqu’au mariage. Maintenant, les nuits nuptiales se passent de plus en plus dans les auberges et hôtels. Le laabaan tend alors à disparaître au grand dam des griots qui prient pour un retour à la tradition.

C’est avec désolation que l’artiste chanteuse Adji Diarra Niang parle de la nouvelle tendance des jeunes qui préfèrent à la place des maisons familiales, les hôtels ou auberges pour passer leur nuit nuptiale. Nostalgique, la jeune dame qui tient son restaurant à Kaolack explique : «Aujourd’hui, les jeunes sont gagnés par la modernité. Jigéen ña ngui tëdë, mais duñuko siwal (les femmes passent leur nuit nuptiale dans la discrétion). Car elles estiment que leur statut de vierge ne concerne personne d’autre qu’elles et leurs maris. Les maris sont souvent des complices face à cette situation de même que leurs génitrices.» Et d’ajouter : «Il existe aussi des filles qui arrivent au mariage sans être vierge alors tous les moyens sont bons pour ne pas organiser de laabaan et tout cela avec le consentement de leur mari qui organisent tout en général.» Et c’est, selon elle, la meilleure façon de cacher à ses parents qu’on n’a pu rester vierge jusqu’au mariage.

Habituée à animer ces genres de cérémonies, Adji Diarra Niang dit être attristée par la disparition de cette coutume qui lui permettait de gagner beaucoup d’argent. Plongée dans ses souvenirs, elle raconte ces jours heureux où elle accompagnait sa mère Fatou Tacko Thioune, artiste chanteuse, pour aller chanter les louanges d’une jeune mariée. Trouvée dans son restaurant au centre-ville où elle passe maintenant le plus clair de son temps, Adji Diarra Niang raconte comment elle a fait son entrée dans le cercle des griottes qui animent des laabaan. «J’avais à peine 15 ans, lorsque je voyais ma mère sortir de très bonne heure pour aller faire le laabaan et revenir le soir avec beaucoup d’argent, des boubous de valeurs et autres objets que les parents et amis du marié lui offraient comme cadeau», dit-elle. Avant de se désoler : «De nos jours, le laabaan n’est plus.»

Considérant cette tradition comme un bon moyen de gagner de l’argent, la chanteuse se souvient des moments où l’on venait la réveiller pour faire le laabaan à une nouvelle mariée. «Et puisque je le faisais bien comme la plupart des griots, les voitures stationnaient devant la maison et parfois j’avais même l’embarras du choix. Le laabaan servait de leçon et d’exemples aux autres filles de la famille de la mariée et même au-delà.» Poursuivant, elle ajoute : «Tout le contraire de ce qui se passe aujourd’hui. Nous restons des mois et des mois sans que des mères ou des tantes viennent nous solliciter pour ces laabaan alors que des mariages sont célébrés quotidiennement. Ces séances de laabaan faisaient non seulement nos affaires, mais aussi notre fierté car léguées par nos ancêtres.»

Ndèye Fatou CISSE/Walfadjiri

123dakar@123dakar.com

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