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Fata : « Mon désaccord avec les membres de « Y en a marre » est sur le plan artistique »

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Il est le plus controversé des artistes du mouvement Hip-hop. Accusé d’avoir été instrumentalisé par le pouvoir pour contrecarrer le mouvement «  Y en a marre » , Mamadou Moustapha Ngingue, alias Fata El Présidente, répond à ses détracteurs via un entretien accordé à l'Obsevateur.

Fata, on vous a accusé d’avoir été instrumentalisé par l’Etat pour contrecarrer le mouvement «  Y en à marre » ...

Nous sommes dans un pays ou les moindres faits et gestes sont sujets à des interprétations. Chacun a le droit de défendre ses idées dans la mesure ou nous sommes dans un pays qui se réclame démocrate. J’ai mes convictions et c’est cela que j’ai voulu défendre en émettant l’idée de créer le mouvement « Eki libre ».

L’Etat est-il derrière ce mouvement ?

Absolument pas ! Je n’ai jamais été contacté par les autorités étatiques à ce sujet. Même si c’était le cas, je n’aurais jamais été d’accord. Ma philosophie est telle que je ne prends jamais position pour des politiciens et je ne vais pas attendre que des jeunes mettent sur pied un mouvement pour les contrecarrer.

Quels objectifs visiez-vous en mettant sur pied « Eki libre » ?

J’ai pris l’initiative de contacter certains artistes pour créer un mouvement dans un souci de stabilisation du pays. Ce qui se passe actuellement dans ce pays doit interpeller tout citoyen. Si certains se lèvent pour manifester, d’autres devraient pouvoir apaiser, pour l’intérêt de tous. Et c’est dans cet esprit que j’ai voulu initier « Eki libre » et j’ai tenu à associer des personnes essentielles comme Bakhaw et Djiby (Da Brains , Awadi, Carlou D, Deug E Tee, même Fou Malade ) et d’autres artistes au sein de « Y en a marre ». Toutefois, certains ont estimé qu’il y avait de la politique derrière, alors que c’est faux. Dans ce cas, j’aurais pu me lever et dire que « Y en a marre », c’est politique.

Vous vouliez instaurer un climat d’apaisement, en émettant l’idée de créer le mouvement « Eki libre ». Est-ce à dire que «  Y en a marre » crée des tensions dans le pays ?

Non, c’est justement pourquoi je n’aime pas trop m’avancer sur ce point. Comprenez que chacun est libre de défendre ses idées et que les gens devraient l’accepter. Il est indéniable que Tiken Jah et Alpha Blondy ont beaucoup contribué au soulèvement du peuple ivoirien. Et la Cote d’Ivoire est arrivée à un point tel que la révolte était incontrôlable. Ces artistes on certainement voulu apaisé le climat, mais c’était devenu impossible. Pour ne pas en arriver là au Sénégal, j’ai pensé qu’il était nécessaire d’équilibrer les choses. Pendant que les uns militent pour des causes très nobles, il faut accepter que d’autres aient des idées de stabilisation du pays. Si tout le monde va dans le même sens de la manifestation, cela risque de finir mal. C’est ça la vie et c’est ce qui fait marcher un pays. Maintenant, ceux qui pensent que je suis un poltron ou que je suis à la solde de l’Etat, ce n’est pas mon problème. J’ai toujours vécu grâce à ma musique et je continuerai à en vivre. Si vous écoutez bien mes textes, j’ai toujours prôné la paix. Au regard de ce qui se passe actuellement, redoute que cela n’aille de mal en pis, si on croise les bras.

Vous avez finalement laissé tomber ce projet ?

Jusqu’à maintenant, cette idée est valable, mais j’ai été obligé de me ranger. Je sais aussi que ce souci habite l’esprit de beaucoup de Sénégalais, même s’ils ne le soutiennent pas publiquement. Je prends le cas des journalistes qui devraient pourtant adhérer à cette cause dans l’intérêt du peuple, mais c’est tout à fait le contraire. Ce projet est pour moi un état d’esprit.

Que pensez-vous du mouvement « Y en a marre » ?

Il faut savoir que mon désaccord avec les membres de « Y en a marre » remonte au début, c’est-à-dire sur le plan artistique. Nous n’avons jamais accroché et nous n’avons pas les mêmes visions. Rien que cela me pousse à ne plus prêter attention à ce qu’ils font. Toutefois, cela ne m’empêche pas de décrier, comme ils le font, les difficiles conditions de vie. Le pays va mal, je n’en disconviens pas en tant que citoyen. Mais si j’ai une autre vision, je ne vais pas me gêner pour le défendre.

Sur le plan artistique, vous êtes en désaccord avec les rappeurs «  Y en a marristes ». Et personnellement ?

Il y a certains avec qui je suis ami. Si vous regardez mon émission « Hip-hop Feeling, Fou Malade était souvent présent, on se parle souvent. Pour ce qui est des rappeurs de Keur Gui (Thiat et Kilifeu) , artistiquement et politiquement, nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Sur le plan personnel, nous ne sommes pas des amis, mais nous ne sommes pas des ennemis non plus. J’entretiens de bonnes relations avec Simon, nous sommes des amis. Seulement, il faut avoir une autre lecture du Hip-hop, accepter que ce n’est pas de la politique, mais plutôt de la musique.

« Thiat » a été récemment arrêté par la Dic, avant d’être relâché au bout de 29 heures de garde à vue. Que vous a inspiré son arrestation ?

On ne peut pas se proclamer Nts (Nouveau type de sénégalais ou républicain), exhorter à des comportements justes et aller à l’encontre de cela. Si des choses comme cela arrivent, il faut laisser mla justice trancher. Maintenant que les choses sont rentrées dans l’ordre, nous rendons grâce a Dieu.

Que pensez-vous des propos de « Thiat » qui lui ont couté une garde à vue ?

Lorsque j’ai entendu ces propos, je ne les ai pas pris comme quelque chose de grave. Maintenant, chacun peut avoir son interprétation. Il est bon de faire revenir les citoyens à la raison pour qu’ils sachent ce qui est permis ou interdit de dire.

Comment appréciez-vous le fait que l’on appréhende le Hip-hop à travers le mouvement « Y en a marre » ?

Cela me dérange, car même s’il ( le mouvement « Yen a marre ») se réclame apolitique, cela n’a rien à voir avec le Hip-hop. D’ailleurs, ce ne sont pas tous les « Hip-hoppeurs » qui adhérent à ce mouvement. J’incite tous les rappeurs à revenir dans l’arène musicale qui a fait de nous ce que nous sommes. Il nous faut éviter d’emmener le Hip-hop vers d’autres objectifs, déjà que nous sommes marginalisés et classés comme des fauteurs de troubles. Tout ce que les « Y en a marristes » font actuellement, ils l’ont déjà fait à travers leurs albums. Pourtant, les gens n’ont pas acheté leurs produits. C’est pourquoi je leur demande de faire très attention par rapport à ce public qui est derrière

C’est parce qu’ils mènent un combat à quelques mois des échéances électorales ….

Je suis tout à fait d’accord, mais la population qui, aujourd’hui, est derrière eux aurait du acheter leurs produits, bien avant le mouvement «  Y en a marre ». Ils sont avant tout artistes.

Lors des événements du 23 juin dernier, on a vu beaucoup d’artistes manifester leur mécontentement, même ceux qui ne font pas du Hip-hop. Pourquoi Fata manquait à l’appel ?

J’étais aux Etats-Unis pour les besoins de mon album à venir.

Seriez-vous venu, si vous étiez au Sénégal ?

Ça dépend. Peut-être que même si j’y étais parti, on ne m’aurait pas remarqué, il y a tellement de sénégalais qui sont sortis dans la rue ce jour-là !

On a bien vu les artistes présents lors des manifs…

Oui, ceux qui étaient bien visibles, au premier rang pour défier les forces de l’ordre. Je ne suis pas de ce genre-là.

Quelle est l’actualité de Fata ?

Je prépare mon nouvel album dont la sortie est prévue pour novembre. Il va comporter une douzaine de titres et ce sera une bombe. Je vais innover en concoctant un Rap purement sénégalais, qui incarne les valeurs de notre société, comme les baptêmes, les funérailles, la famille… C’est mieux que de « raper » comme un Américain. Il est très probable que je l’appelle « L’heure ». Le single va sortir avant la Korité. 

123dakar@123dakar.com

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